La tension monte entre Bangui et la Vakaga, préfecture frontalière du Soudan, à la suite de récentes attaques armées. Alors que le ministère de la Défense nationale affirmait, dans un communiqué publié le 29 septembre 2025, que le calme était revenu dans la région, la Jeunesse Consciente de la Vakaga a vivement réagi. Dans une déclaration datée du 1er octobre et signée par son coordonnateur, Abakar Salim Deya, ce regroupement de jeunes leaders accuse les autorités de minimiser la gravité de la situation sécuritaire et appelle à une meilleure concertation avec les acteurs locaux.
Selon le ministère de la Défense, les informations faisant état d’affrontements dans la Vakaga relèveraient de simples “rumeurs alarmistes” circulant sur les réseaux sociaux. Une version rejetée par la Jeunesse Consciente de la Vakaga, qui affirme qu’une attaque a bel et bien eu lieu le 21 septembre à Amkouramayé, village frontalier avec le Soudan.
Le communiqué évoque l’incursion d’éléments armés venus du territoire soudanais, ayant provoqué des déplacements massifs de populations vers Birao, chef-lieu de la préfecture.
Contrairement aux assurances données par Bangui, la jeunesse locale soutient que l’insécurité persiste. Elle cite plus de sept villages entièrement vidés de leurs habitants, aujourd’hui réfugiés à Birao. Des ONG locales et certains habitants contactés par notre rédaction confirment ces déplacements.
La situation demeure tendue le long de la frontière. Le 26 septembre, deux obus auraient été tirés depuis le Soudan vers le territoire centrafricain, une information relayée par certains médias nationaux .
Le ministère de la Défense avait également mis en garde contre ceux qu’il qualifie “d’ennemis de la paix”, accusés de diffuser des informations alarmistes. Des propos jugés offensants par la Jeunesse Consciente de la Vakaga, qui estime au contraire rapporter “la vérité du terrain”. Le mouvement souligne que les autorités locales, dont le sous-préfet d’Am Dafok et le préfet de la Vakaga, sont parfaitement informées de la gravité de la situation.
Si la présence des Forces armées centrafricaines (FACA) est reconnue, la Jeunesse Consciente estime qu’elle reste insuffisante pour sécuriser une région sensible comme la Vakaga. Elle demande un renforcement des effectifs et des moyens, en particulier dans les zones frontalières.
Dans sa conclusion, le mouvement exhorte le ministre de la Défense à consulter davantage les autorités locales et les commandants militaires en poste avant de publier des déclarations officielles. Selon lui, seule une meilleure coordination entre Bangui et les acteurs de terrain permettra d’apporter des réponses adaptées aux réalités sécuritaires.
Cet échange tendu illustre le décalage persistant entre le discours officiel et la réalité vécue dans les régions périphériques de Centrafrique. À l’instar de la Vakaga, d’autres préfectures enclavées se plaignent d’un sentiment d’abandon et de marginalisation.
La crise sécuritaire en Vakaga ne peut être isolée du contexte régional. Depuis 2023, le conflit au Soudan voisin a accru la circulation d’armes et favorisé les incursions transfrontalières, transformant cette préfecture en zone tampon particulièrement vulnérable.
Pour de nombreux observateurs, la réaction de la Jeunesse Consciente de la Vakaga est plus qu’un simple désaccord politique : elle traduit une volonté de se faire entendre et d’obtenir une reconnaissance face à une situation sécuritaire jugée préoccupante.
Jonathan Débonnaire Gonissere, journaliste


