Alors que la République Centrafricaine se prépare à l’ouverture prochaine des campagnes électorales, les préfectures de Mbomou et de Basse-Kotto, situées dans l’Est du pays, sont confrontées à une crise silencieuse qui menace de marginaliser davantage ces régions : la pénurie de carburant. L’abandon progressif des stations-service dans ces zones, aggravé par une gouvernance déficiente, suscite des inquiétudes croissantes et soulève des questions cruciales sur la capacité de l’État à assurer le bien-être de ses citoyens.
L’absence quasi-totale de stations-service, héritage des crises politico-militaires passées qui ont profondément divisé les familles et ravagé des villes comme Mobaye, Bangassou, Rafaï et Zemio, a des conséquences désastreuses sur le quotidien des populations. Les rares points de vente restants pratiquent des prix exorbitants, bien supérieurs aux tarifs officiels, rendant l’accès au carburant une véritable gageure. À Mobaye, le prix du litre d’essence atteint 1500 et parfois 1700 francs CFA, tandis qu’à Bangassou, l’approvisionnement, bien que dépendant des importations depuis la République Démocratique du Congo, reste erratique.
Cette situation a des répercussions immédiates et dramatiques sur le coût du transport, particulièrement à Bangassou, une ville encore marquée par les stigmates des conflits. Elle pèse lourdement sur les épaules d’une population déjà confrontée à la précarité et à la faiblesse des revenus.
L’accès au carburant est crucial pour le développement économique et social de ces régions. L’agriculture, le commerce, les services de santé et l’éducation sont autant d’activités dépendantes d’une logistique efficace. L’absence de carburant entrave donc le fonctionnement de ces secteurs vitaux et compromet les efforts de stabilisation et de relèvement.
La question posée est claire : Comment expliquer ce déséquilibre ? Est-ce le résultat d’une gouvernance défaillante, d’un manque de volonté politique ou d’une combinaison de ces facteurs ? Si les mauvaises conditions routières, notamment sur l’axe reliant Bangui à ces localités, constituent un défi, l’existence d’une voie fluviale, offrant une alternative potentielle, appelle à une réflexion approfondie sur les stratégies d’approvisionnement et les priorités de l’État.
À l’approche des élections, cette crise prend une dimension politique encore plus importante. L’impact de la pénurie de carburant se fera sentir sur les campagnes électorales, avec des coûts logistiques accrus pour les candidats et un risque de marginalisation des électeurs dans les villages reculés, souvent inaccessibles en raison de l’état des routes.
Il est impératif que l’État, conscient des enjeux, agisse de manière concrète et rapide. Cela implique de repenser la politique d’approvisionnement en carburant, de lutter contre les pratiques spéculatives, d’améliorer les infrastructures routières et fluviales, et de renforcer la présence de l’État dans ces régions.
La voix du peuple, qui pleure dans le désert, doit être entendue. Le gouvernement, en collaboration avec les partenaires de développement, doit accorder une attention particulière aux besoins de ces populations, afin d’éviter que le sentiment d’abandon ne ravive les tensions et ne compromette la stabilité fragile du pays. L’enjeu est de taille : il s’agit de garantir un avenir où les provinces ne soient plus les oubliées de la République, mais des territoires pleinement intégrés dans le processus de développement et de consolidation de la paix.
Jonathan Débonnaire GONISSERE, Journaliste .

