Justice populaire à Garoua-Boulaï : quand la colère des mototaximen vire au drame

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La spirale de la justice populaire a de nouveau frappé ce mercredi dans la ville frontalière de Garoua-Boulaï. Un présumé voleur de motocyclettes a été lynché par des habitants et des mototaximen, dans un enchaînement de violences qui interroge la capacité de l’État à protéger les citoyens et à faire respecter la loi.

Les faits se sont déroulés dans la matinée au quartier Bindiki, où un homme accusé de vol de motocyclettes a été capturé en pleine opération. Pris à partie par la population, il a été brûlé vif en public, sous le regard de nombreux témoins, dans une scène d’une extrême brutalité.

Grièvement blessée, la victime a été ensuite récupérée par les forces de police, qui l’ont transférée à l’hôpital de district de Garoua-Boulaï pour y recevoir des soins. Mais cette tentative de prise en charge n’aura été que de courte durée. Peu après, des mototaximen, visiblement en colère, se sont mobilisés, ont fait irruption dans l’enceinte hospitalière et ont retiré l’homme de force avant de l’achever à coups de pierres, malgré des tirs d’intimidation effectués par les agents de sécurité.

Pour une partie de l’opinion locale, ce déchaînement de violence est perçu comme une forme de vengeance collective.

Les mototaximen dénoncent une insécurité chronique le long de la frontière ouest entre le Cameroun et la République centrafricaine. Selon eux, plus d’une dizaine de conducteurs seraient tués chaque mois dans cette zone, souvent pris pour cible par des coupeurs de route ou des réseaux criminels.

Le souvenir encore vif d’un mototaximan récemment retrouvé sans vie à l’ancien cimetière Guidangmoutou, au quartier Cimencam de Garoua-Boulaï, continue d’alimenter la peur et la colère. Dans ce contexte, certains justifient l’irréparable au nom de l’autodéfense, estimant que la justice formelle est trop lente, voire inexistante.

Mais au-delà des émotions, cet épisode met en lumière un grave dysfonctionnement de l’État de droit. La justice populaire, aussi compréhensible soit-elle dans un climat d’insécurité, reste une violation flagrante des lois et des droits humains. Elle traduit surtout un déficit de confiance envers les institutions chargées de la sécurité et de la justice.

Face à cette situation, une double vigilance sécuritaire s’impose de part et d’autre de la frontière centrafricano-camerounaise. Le renforcement de la coopération entre les forces de sécurité, la protection effective des mototaximen et la lutte contre les réseaux criminels apparaissent comme des urgences absolues pour éviter que de tels drames ne se reproduisent.

Rédaction

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